Lorsqu'un salarié en arrêt maladie ou accident du travail et maladie professionnelle perçoit des indemnités journalières de sécurité sociale, il est tenu de respecter certaines obligations strictes. Parmi elles figure l'interdiction d'exercer une activité non autorisée par son praticien. Mais qu'en est-il des engagements associatifs ou des loisirs ? Une décision récente de la Cour de cassation apporte un éclairage précis sur cette question délicate.
L'obligation d'abstention pendant un arrêt de travail
Le versement des indemnités journalières par la Sécurité sociale repose sur un principe fondamental : le bénéficiaire doit se consacrer exclusivement à son rétablissement. Cette règle implique que toute activité, qu'elle soit rémunérée ou bénévole, nécessite un accord médical explicite.
Contrairement à une idée répandue, cette exigence ne concerne pas uniquement les activités rémunérées. L'activité bénévole et les engagements associatifs entrent également dans le champ d'application de cette restriction. Un salarié en arrêt maladie qui souhaite participer à des activités au sein d'une association doit donc obtenir une autorisation préalable de son médecin traitant.
Un cas d'école : le président du club de pétanque
L'affaire jugée récemment illustre parfaitement les risques encourus. Un salarié, placé en arrêt de travail, avait continué à exercer les fonctions de président de son association sportive. Durant sa période d'interruption d’activité professionnelle, il avait notamment :
- Présidé les réunions de son club de pétanque ;
- participé à des tournois et compétitions ;
- Assisté aux assemblées générales.
Ces activités, bien que relevant du domaine associatif et sportif, ont été considérées comme incompatibles avec son statut d'arrêt de travail. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), informée de ces manquements, a exigé le remboursement des sommes perçues.
Le certificat médical ne suffit pas
L'intéressé avait tenté de se défendre en produisant un certificat médical attestant l'absence de contre-indication à la pratique de la pétanque. Cet argument n'a pas convaincu les magistrats. Selon la décision de la Cour de cassation du 16 octobre 2025, un simple certificat ne constitue pas une autorisation préalable valable.
La juridiction suprême précise que l'accord du médecin doit être expressément mentionné dans l'arrêt de travail lui-même. Il ne peut résulter d'un document séparé, même rédigé par le médecin prescripteur de l’arrêt de travail. Cette exigence formelle vise à garantir la traçabilité et la clarté de l'autorisation.
Les conséquences financières du non-respect
Le non-respect de cette obligation de loyauté expose le bénéficiaire à devoir rembourser l'intégralité des indemnités journalières perçues durant la période concernée. Dans le dossier examiné, la juridiction d'appel de Rouen avait initialement réduit le montant du remboursement de 9 850 € à 2 000 €, tenant compte de plusieurs facteurs :
- Le nombre limité de manquements constatés (14 sur une période de 20 mois) ;
- La bonne foi apparente de l'intéressé ;
- L'absence d'aggravation de son état de santé.
Toutefois, cette modération n'est plus possible aujourd'hui. Le Code de la Sécurité sociale a été modifié et l'article permettant aux tribunaux d'ajuster le remboursement selon la gravité des manquements a été supprimé. Désormais, les sanctions sont appliquées de manière plus stricte.
Par ailleurs, l’employeur peut suspendre le versement des indemnités complémentaires.
Recommandations pratiques pour les assurés
Pour éviter toute complication, un salarié en arrêt de travail souhaitant maintenir un engagement associatif doit respecter une procédure claire :
- Consulter son médecin et expliquer précisément la nature de l'activité envisagée ;
- Obtenir une mention explicite de cette autorisation sur le document d'arrêt de travail ;
- Conserver une copie de cette autorisation en cas de contrôle ;
- S'assurer que l'activité reste compatible avec le processus de guérison.
Cette démarche préventive protège à la fois la santé du salarié et ses droits financiers. Elle témoigne également du respect des obligations envers l'organisme payeur et le système de protection sociale.
Une jurisprudence qui clarifie les règles
La décision rendue par la Cour de cassation constitue un repère important. Elle rappelle la règle selon laquelle il faut s'abstenir de toute activité non autorisée, et ce sans distinction entre les différentes formes d'engagement, qu'il s'agisse d'activités professionnelles, associatives ou de loisir.
Cette interprétation stricte vise à préserver l'équilibre du système de protection sociale et à garantir que les indemnités journalières bénéficient uniquement aux personnes réellement empêchées de travailler. Elle souligne l'importance d'une communication transparente entre le patient et son médecin concernant toutes ses activités durant l'arrêt.
En conclusion, la participation aux activités associatives lors d’un arrêt de travail n'est pas automatiquement interdite, mais elle requiert impérativement une autorisation formelle et préalable. Cette précaution juridique évite des remboursements financiers lourds et garantit le respect des règles de la Sécurité sociale.
Les spécialistes de la gestion des ressources humaines et de la paie du réseau TYLS vous informent et vous accompagnent dans la gestion des arrêts de travail de vos salariés.
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